L'imaginaire et la peur, quelques éléments sur les images à l'oeuvre

Publié le par Catherine Barbé Temple

Un participant à une "marche de zombies" déguisé en clown, en oct. 2014 à Bordeaux. Photo Thibaud Moritz - IP3 - Maxppp
Un participant à une "marche de zombies" déguisé en clown, en oct. 2014 à Bordeaux. Photo Thibaud Moritz - IP3 - Maxppp
A la source

Aujourd’hui Ebola, hier grippe H5N1, vache folle, Sida, avant-hier peste et choléra… en lisant les quelques articles dont j’ai publié les liens ces derniers temps, on peut se rendre compte que les grandes peurs collectives contemporaines ne sont pas une invention de la modernité, même si elles en adoptent les atours : elles sont déjà signalées dans les temps anciens. Les historiens, de Thucydide[1] à Jean Delumeau[2] pour ne citer qu’eux, les repèrent dans les périodes de crise de civilisation.

Or, les quelques semaines que nous venons de passer sous la terreur Ebola, abondamment médiatisée, pointent qu’entre le fait objectif et la terreur qu’il suscite il y a un gouffre : quelle relation entre la réalité humaine constatée et l’affect collectif qu’elle génère ? Et partant, comment la société s’organise-t-elle face à la déferlante ?

Il suffit là encore de parcourir la presse : mesures sécuritaires, protectionnisme, aux vieux maux les vieux remèdes. Le siècle dernier est riche en exemples de ce type de réactions, portées par une morale hygiéniste destinée à assurer la pérennité d’une société dont je me demande si elle n’est pas actuellement moribonde.

Dans le même temps resurgissent les systèmes de défense, extrémismes divers visant à jeter hors des limes l’Autre, le contaminateur, propagateur de violence, aux allures de bouc émissaire dans une société technologique dont rien, nous dit-on, ne saurait freiner l’essor anarchique. Comme « une force qui va », autonome parce que rebelle à une volonté toute-puissante de contrôle, repérable tant au plan individuel (par exemple le mythe du surhomme sans cesse dépassant ses limites) que collectif (mythe de la science…).

Dès lors, l’activité imaginaire[3], fonction créatrice inhérente à la nature humaine, ne se conduirait-elle pas comme un geyser réprimé sous une dalle de béton, se frayant un chemin, de toute sa force compressée, à travers les failles et les fractures d’une société bien en peine de l’accueillir ? Ainsi, l’élan créateur abandonné à lui-même, son impact s’inversant, ne se muerait-il pas en force destruction comme chez ces jeunes, débordant d’une énergie formidable qui, ne trouvant pas d’objet où l’investir, s’abîment dans la violence ? Quid des clowns tueurs ? Quelle mouche les pique ? Un moustique ? Un nouveau virus ?

Ambivalence et inversion, deux notions que j'explorerai à travers quelques articles de presse récents.

[1] La Guerre du Péloponnèse ; il y décrit la grande Peste d’Athènes (L.II) 429 avt J.C.

[2] La peur en Occident, Fayard, Paris, 1978

[3] Quand j’évoque le travail de l’imaginaire, j’y associe immanquablement Baudelaire : « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?/ Plonger dans l’Inconnu pour trouver du nouveau !».

Publié dans IMAGINAIRE

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