La SORCIERE dans tous ses états - Présentation

Publié le par Catherine Barbé

Sabbath des sorcières, Goya, 1821

Francisco de Goya y Lucientes - Witches' Sabbath (The Great He-Goat).jpg

C'est la rentrée, Moire fait école

Le temps passant Sorcière, être mouvant, infiniment mutable, transformiste, a commencé pendant l'été, dans le sillage de Moire, à dévoiler sous les feux du soleil les secrets de la machina, outil secret de ses métamorphoses. 

Je traîne la patte tout derrière tant elle se manifeste par fulgurances. Donc, piano ! Pour la rentrée un petit article de remise en forme, rappel des fondamentaux...les derniers flamboiements de l'été accrochent aux feuillages leur éclat finissant en l'honneur  de la nouvelle venue...sorcière d'automne, d'ocre et pourpre vêtue sur fond de sonate... Ah les sanglots longs des violons... Je passe sur le chemin, je suis le bruissement des feuilles sous mes pas, dans le moelleux du sol. Une ambiance bien connue... blesse mon coeur d'une langueur... Je suis en alerte.  Les fragrances, subtil mélange de putréfaction, moisissure et d'un rien un peu sur, éveille le souvenir d'une forme : avant de le voir, je le renifle. Alors, au moment où je parviens enfin à l'identifier - ah, oublieuse mémoire - surgit le "bloup" ! Je me retourne... "bloup ;bloup, bloup". Ineffable, le cri primal du champignon ! Je suis cernée ! Ah, le coprin chevelu explose au pied des hêtres à l'écorce fleurie d'hydne hérisson.

Oh ! champignon de la mémoire !

Je n'en finirai donc jamais de paraphraser Sophocle à chaque émerveillement que m'offrent les jours et les nuits de chaque saison qui passe... 

"Ah ! qu'il est de merveilles, mais rien de plus merveilleux que..."

Aujourd'hui ce sera donc...

...le champignon !

 

Mais quel rapport me direz-vous entre le champignon et la sorcière ? 

Au début était le chapeau

Oui, évidemment, le chapeau, c'est un bon début !

Pénétrer les arcanes de son essence profonde, nécessite de dépasser une approche superficielle et de s'en aller explorer en douceur la profondeur du sujet "sorcière". 

J'ai déjà produit ces 30 dernières années bien des lignes indigestes sur la question. il fallait passer par là. Mais aujourd'hui, alors que même la presse* la voit "sortir du bois", je la veux montrer pleine de sève et d'éternelle jeunesse. 

C'était le projet, mais voilà que soudain m'a saisie une humeur d'automne. Impossible de l'ignorer.

Il aurait fallu peut-être que je fisse une synthèse de la série "La chasse aux sorcières", mais il me semble préférable (et moins fatigant) que chacun, qui serait intéressé par la question, aille lire ou relire les articles concernés. Le personnage de la sorcière y est esquissé.

Mais ne nous égarons pas (dans les bois, c'est très vite fait !). Donc...

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http://www.liberation.fr/france/2017/09/15/contre-la-loi-travail-les-sorcieres-sortent-du-bois_1595974

 

La sorcière et le champignon

En fait, au départ, dans l'imagerie populaire, souvent la sorcière classique réside à la frange de la civilisation. Issue de la communauté villageoise, à la lisière d'un bois elle est poussée à s'installer.  Souvent elle y vit seule : veuve, et/ou douée d'un savoir qui la met en marge : cueilleuse de simples (le thym, la grande ciguë, la rue fétide et autre marjolaine)  et sûrement de champignons (cèpes, divers bolets et autre amanite ) elle connaît le secret des plantes, mais pas seulement peut-être d'autres aussi. Ainsi occupe-t-elle par sa différence une place particulière qui fait d'elle une cible parfaite pour la vindicte publique. Quand l'Histoire s'emballe, se met en émoi, les populations - on le sait - exposées au malheur (épidémies, guerres, famines...), cherchent à rejeter la responsabilité sur un individu qui pourrait porter le fardeau de la communauté tout entière.

La sorcière, comme le juif, présente le profil parfait pour servir de "bouc émissaire" selon la définition de René Girard dans le livre éponyme...

Ah ! J'en vois des qui baillent déjà et réclament ... peut-être l'autorité doctorale du maître ès boucs émissaires ? Il suffit de demander.

Petite parenthèse sur les travaux de René Girard,  pour bien recentrer le propos et combler l'impasse faite jusque là sur cette référence incontournable en la matière.

Je l'ai connu en 1976, en lisant ça :

« Comment les cultures archaïques se protégeaient-elles des rivalités mimétiques ? C’est pour répondre à cette question que j’ai écrit La violence et le sacré », explique René Girard.
Dans cet essai audacieux et percutant, il met l’accent sur le rôle de la « violence fondatrice » et sur celui de la « victime émissaire » pour expliquer les premières institutions culturelles et sociales. Une vaste culture ethnologique et des références incontestables permettent à l’auteur de construire une théorie nouvelle du sacré, et de donner une interprétation convaincante de nombreux thèmes mythiques et rituels (la fête, les jumeaux, les frères ennemis, l’inceste, le masque, etc.) dont la signification profonde n’apparaît ici avec tant d’évidence que parce qu’ils sont étudiés, pour la première fois, dans leur unité.
Enfin, le plus grand mérite de René Girard est peut-être dans la clarté et dans l’élégance de son exposé. Libéré de toutes les obscurités tenant aux jargons initiatiques, voici un livre d’une grande importance scientifique qui est aussi une magnifique œuvre littéraire.

Dix ans après, en 1982, sur la même ligne, sort Le Bouc émissaire

Mieux que de longs discours

 la 4e de couverture :

" Oedipe est chassé de Thèbes comme responsable du fléau qui s'abat sur la ville. La victime est d'accord avec ses bourreaux. Le malheur est apparu parce qu'il a tué son père et épousé sa mère. Le bouc émissaire suppose toujours l'illusion persécutrice. Les bourreaux croient à la culpabilité des victimes ; ils sont convaincus, au moment de l'apparition de la peste noire au XIVe siècle, que les juifs ont empoisonné les rivières.

Comparaison des représentations d'une sorcière à gauche et de juifs allemands à droite.

"La sorcière cumule les caractéristiques des juifs et des hérétiques1"

La chasse aux sorcières implique que juges et accusées croient en l'efficace de la sorcellerie.(...)Toute violence désormais révèle ce que révèle la passion du Christ, la genèse imbécile des idoles sanglantes, de tous les faux dieux des religions, des politiques, des idéologies."

Oui, mais alors, et le champignon ? Patience ...

 

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Bonus :

Détentez-vous, dégustez la note sucrée ! C'est la rentrée ! Mise en bouche, remise en jambes...

https://www.franceculture.fr/conferences/factory/radio-thesards/qui-sont-les-sorcieres

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1 -  Valérie Naudet, Fantasmagories du Moyen Âge: Entre médiéval et moyen-âgeux, Presses universitaires de Provence,  

Nouveauté

Le quiz de la semaine

Que dit-on de quelqu'un qui est considéré responsable d'une faute/méfait/crime qu'il n'a pas commis ?

Et prochainement 

Tour/Détour : métaphores et expressions populaires

 

 

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Commenter cet article

Temple XT 25/09/2017 22:43

Excellente mise au point. C'est fluide, drôle et clair; Bien, l'émission des"Thésards".

Catherine Barbé 26/09/2017 10:16

Merci ! Oui, les thèses passent souvent mieux en audio. A lire, ça peut dès fois tomber des mains... Dans les petits billets de Moire, je m'essaie à aborder des sujets plutôt graves en restant dans une vision poétique, voire drolatique quand je peux.