De l'éternel masculin : les mots pour dire le féminin !

Publié le par Catherine Barbé

Tu ne composeras pas !

La lettre qui suit pourrait faire penser à certain "modèle épistolaire"  en littérature (Les liaisons dangereuses par exemple) mais que nenni, ce n'est pas une fiction ! 

Pour les pressés, une version surlignée en annexe.

Version contemporaine

Vous avez peut-être déjà vu cette vidéo mais pas assez : le prédateur court toujours !

Aujourd'hui, il existe certainement quelque belle plume pour actualiser le modèle, en termes très choisis, mais dans la vraie vie, c'est plutôt ça :

Cherchez bien, vous en avez sûrement croisé un ! Ils sortent du bois et s'exposent sans vergogne ! Mais souvent "on" n'y voit que du feu !

De l'humiliation/écrasement au viol, le pas est franchi

"LA TRADITION DE L’HUMILIATION, DU « BIZUT » À LA FEMME VIOLÉE"

in

http://www.vanityfair.fr/actualites/international/articles/la-culture-du-viol-sur-les-campus-americains/43063


 

Extrait :

« Redouté par les « petits nouveaux » et combattu par les figures d’autorité, le bizutage a toujours trouvé droit de cité dans les fanfaronnades estudiantines. En début d’année universitaire, le « bizut » – une petite chose trop fragile pour qu’elle puisse penser à se rebeller – doit survivre à une série d’épreuves toutes plus humiliantes les unes que les autres, et souvent à tendance scatophile. Tout ça pour trouver grâce aux yeux de ses aînés et prouver qu’il est un parfait mâle alpha, musclé et pas mauviette, capable d’intégrer le club. Ce rituel d’entrée a pour but de « purifier » le futur intégré de son côté féminin, de ses « manières de tapette », de tuer la femme qui est en lui. Car la fraternité veut par tous les moyens rejeter la féminité.1

Les frères ne se considèrent que comme des « hommes, des vrais ». Comme le faible, le PD ou le bizut, toute fille qui met les pieds dans leur « repère » est immédiatement réifiée. Une étude universitaire, effectuée par des professeurs des facultés de Maryland et de Pennsylvanie, prouvait que les membres des fraternités avaient une vision plus stéréotypée des genres que la moyenne et qu’ils adhéraient plus à l’idée que les hommes devaient dominer les femmes. Selon Peggy Sanday, universitaire américaine et auteure de Fraternity Gang Rape : Sex, Brotherhood and Privilege on Campus, les filles qui ont la chance de ne pas être considérées comme un vulgaire morceau de viande sont appelées les « petites sœurs ». Elles ont un rôle de « servante » ou, pour les mieux loties, de « confidente ». Les autres ne sont, aux yeux des frères, que des bikinis sur pattes, comme elles sont représentées sur les affiches annonçant des fêtes aux thèmes plus qu’évocateurs : « Victoria’s Secret », « Manoir Playboy », « Secrétaires salopes » ou encore « Proxos et putes ». La règle est simple, celles qui sont trop habillées ne seront même pas invitées. Car la fête – lieu commun dans la culture des fraternités – est l’endroit où le sexe ne doit pas trouver le moindre obstacle.

Article à suivre : "VIOL et TOTALITARISME - quand le RITUEL a bon dos !

 

ANNEXE

Le grand compositeur Gustave Malher écrit à Alma Chindler, le 19 décembre 1901:

"Hotel Bellevue, Dresde, Jeudi 19 décembre 1901

Ma très chère Almschi

Aujourd’hui, ma chère Alma, je me mets à t’écrire avec le cœur lourd. En effet je vais être obligé de te faire de la peine, je le sais, et je ne puis pas faire autrement. Je dois te dire tout ce que ta lettre d’hier a éveillé en moi, car il s’agit d’un aspect de nos rapports qui doit être éclairci une fois pour toutes, si nous devons être heureux ensemble.

[…] Tu m’écrivais alors : « Je serai tout ce que tu souhaites, tout ce dont tu as besoin. » Ces paroles m’ont apporté un profond bonheur et m’ont rempli d’une heureuse confiance. Maintenant tu les retires, peut-être sans le savoir.

[…] Pauvre de moi, qui n’en dormais plus, tant j’étais heureux d’avoir enfin trouvé celle, celle avec qui j’avais pu aussitôt tout partager ; celle qui m’appartenait tout entière comme ma femme et qui était devenue une autre moi-même, celle qui m’avait écrit n’avoir rien de mieux à faire que d’entrer dans mon univers et de l’explorer, sans avoir à discuter sa foi, car l’amour était notre religion commune, etc. !

A présent, je dois m’interroger à nouveau. Qu’est ce donc que cette idée fixe qui s’est introduite dans cette petite tête si profondément et si tendrement aimée, qu’elle doit être et devenir elle-même ? Que se passera-t-il le jour où la passion sera calmée (cela arrive très vite), lorsque viendra le moment, non pas d’habiter mais de vivre ensemble et de s’aimer ? Nous parvenons maintenant à la source de mes angoisses, au cœur de mon inquiétude et de mes doutes, à ce qui a donné à chaque détail une telle importance : tu écris : « à toi et de ma musique » « pardonne-moi, mais cela aussi doit être » ! Là-dessus, mon Alma, il faut que les choses soient claires entre nous dès à présent, avant même que nous nous revoyions. Il va me falloir ici commencer à parler de moi, car je me trouve dans l’étrange situation d’opposer à la tienne ma musique que tu ne connais pas et ne comprends pas encore. Je vais devoir me défendre contre toi et la placer dans sa vraie lumière. N’est-ce pas, Alma, que tu ne me tiendras pas pour vaniteux ? Crois-moi, c’est la première fois de ma vie que j’en parle à quelqu’un qui n’a pas de vrai contact avec elle. Ne t’est-il pas possible de considérer désormais ma musique comme la tienne ? Je ne veux pas encore parler ici en détail de « ta » musique. J’y reviendrai. Mais dans l’ensemble ? Comment te représentes-tu un tel mélange de compositeurs ? T’imagines-tu à quel point une rivalité si étrange deviendra nécessairement ridicule, et sera plus tard dégradante pour nous deux ? Que se passera-t-il lorsque tu seras en forme et qu’il faudra t’occuper de la maison ou de quelque chose dont j’ai besoin si, comme tu me l’écris, tu veux m’épargner les petits détails de la vie ? Ne te méprends pas sur ce que je veux te dire : Ne crois pas que dans la relation entre deux époux, je fasse de la femme une sorte de passe-temps, chargée malgré tout du ménage et du service de son mari. Tu ne crois pas, n’est-ce pas, que ce soit là ce que je pense ? Mais que tu doives être « celle dont j’ai besoin », si nous devons être heureux, mon épouse et non pas ma collègue, cela c’est sûr ! Est-ce que cela signifie pour toi une interruption de ta vie ? Crois-tu devoir renoncer à un grand moment de ton existence dont tu ne pourrais te passer si tu abandonnes complètement ta musique afin de posséder la mienne et aussi d’être mienne ?

Cela doit être clair entre nous, avant que nous ne puissions songer à un lien qui nous unisse pour la vie. Que signifie donc : « Je n’ai pas encore retravaillé depuis… Maintenant je vais travailler, etc. » ? Qu’est-ce donc que ce travail ? Composer ? Pour ton propre plaisir ou bien pour enrichir le bien commun de l’humanité ? Tu m’écris : « Je sens que je n’ai rien d’autre à faire que de pénétrer en toi, je joue tes Lieder, je lis tes lettres, etc. ». J’ai compris cela et m’en suis imprégné comme de la terre promise. Que, durant ce temps (notre « temps haut » [Hocht Zeit] comme je l’ai nommé) tu aies des remords parce que tu négliges tes études de forme musicale ou de contrepoint, cela m’est incompréhensible ! Je ne te parle ici, comme je te l’ai déjà dit, non pas de tes œuvres que je ne connais pas encore, mais de tes rapports avec moi, avec mon être, qui doivent déterminer tout notre avenir. Il faut maintenant que je parte, pour travailler (il le faut vraiment, vois-tu, car tout un effectif, trois cents personnes, m’attend). Cet après-midi, je continuerai cette lettre, la plus importante de celles que j’aurais peut-être jamais à écrire.

Eh bien ! La répétition est terminée et moi je suis rentré bien fatigué et bien triste aussi ! Je viens de relire encore ma lettre. Pour qu’elle soit entre tes mains demain matin, je l’ai écrite avec une telle précipitation que je crains qu’elle ne soit devenue illisible.

Ce n’est arrivé qu’à cause de la hâte imposée par les nécessités de ma profession. Tu n’as désormais qu’une seule profession – me rendre heureux ! Me comprends-tu, Alma ? Je sais bien que tu dois être heureuse (grâce à moi) pour pouvoir me rendre heureux. Mais les rôles dans ce spectacle qui pourrait devenir une comédie aussi bien qu’une tragédie (ni l’une ni l’autre ne serait juste) doivent être bien distribués. Et celui du « compositeur », de celui qui « travaille », m’incombe. En es-tu satisfaite ? J’exige beaucoup, beaucoup. Je puis et je dois faire, car je sais que j’ai à donner et ce que je donnerai. […]

Moi qui t’ai sans défense offert mon cœur tout entier et dès le premier instant, dédié ma vie (et j’en connais pourtant, de ces demoiselles ou dames riches, cultivées, jeunes etc.) ! Almschi, je t’en prie, lis bien cette lettre ! Il ne peut pas y avoir entre nous de simple intrigue amoureuse ! Avant que nous ne parlions, il faut que tout soit clair. Tu dois savoir ce que je désire, ce que j’attends de toi et ce que je puis t’offrir, ce que tu dois être pour moi. Tu dois « renoncer », (comme tu me l’as écrit) à tout ce qui est superficiel, à toute convention, à toute vanité et à tout aveuglement (en ce qui concerne « personnalité » et « travaux »). Tu dois te donner à moi sans conditions, tu dois soumettre ta vie future, dans tous ses détails, à mes besoins et ne rien désirer que mon amour ! Alma, je ne puis pas te dire ce qu’il en est, j’en ai déjà trop parlé. Mais je puis te le redire : je puis sacrifier ma vie et mon bonheur à l’être que j’aime comme je t’aimerais si tu étais ma femme.

Il me faut aujourd’hui m’exprimer avec cette démesure et cette emphase (je dois te paraître bien arrogant). Et puis, Alma, avant de venir te voir samedi, il faut que j’aie une réponse à cette lettre. Tu l’auras entre les mains demain matin vendredi. […]

Quel terrible moment je te prépare ! Je le sais, Alma. Un jour, tu comprendras que, moi aussi, je souffre autant, même si ce n’est pour toi qu’une faible consolation. C’est Dieu que j’invoque maintenant, bien que je sache que tu ne le connais pas encore. Qu’il guide ta main, ma chérie, pour qu’elle écrive la vérité et ne sois pas entraînée par l’aveuglement. C’est un moment capital, en effet, celui qui réunit deux vies pour toujours ! Sois bénie, ma chérie, ma bien-aimée, quoi que tu aies à me dire ! Demain je ne t’écrirai plus, mais j’attendrai donc samedi ta lettre. Je t’enverrai un domestique pour cela, tiens-la prête. Je t’embrasse bien des fois, avec tendresse, chère Alma ! Je t’en prie, sois sincère !

Ton Gustave »

Alma portera toujours sur elle cette lettre, cousue dans une poche en bandoulière.

 

 

Publié dans JOURNAL, FEMME-FEMININ

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