LA CHASSE AUX SORCIERES 5 Intermède opératico-orgiaqu

Publié le par Catherine Barbé

Rappel

Jusqu'au XIIIe siècle, l'Eglise a nié l'existence des sorcières nocturnes, et les dames de la nuit appartiennent au monde des rêves. Mais dès le XIIIe siècle des femmes sont jugées, reconnues coupables par l'Inquisition _ non parce qu'elles imaginent avoir accompagné Diane, mais parce qu'elles l'ont effectivement accompagnée1 _ et exécutées.

C'est aux XIVe et XVe siècles que certains lettrés reprennent à leur compte le fantasme des "sottes et ignorantes" pour en faire une fantasmagorie, de bandes organisées de sorcières volantes, figures parées d'attributs de Harpies, Stryges, Lilith et autres démons femmes, qui se livrent la nuit à des orgies cannibales sous la conduite des démons. Et voilà déclenchée la grande chasse aux sorcières !

Pourtant, si le XVIIIe siècle a marqué dans l'Histoire, la fin des grandes 'épidémies' de sorcelleries, Satan veille !

 

Les lumières du XVIIIe siècle avaient pu, l'espace d'un moment, donner l'illusion qu'on en avait fini avec les "épidémies" de sorcelleries. C'était sans compter le souffle puissant de l'imaginaire et sa merveilleuse capacité à se couler dans le moule de l'Histoire, en mode underground ! C'est la fin des bûchers allumés par la justice inquisitoriale, mais la flamme renaît bientôt dans certaines arrières-cuisines en construction. Dès le début du XIXe siècle, la sorcière, bien ancrée dans l'Histoire, reprend du service dans le discours médical balbutiant, au rayon hystérie. Loin d'être libéré des fantasmes enracinés en Grèce et Rome antiques, remâchés par un imaginaire débridé lâché dans la modernité, le discours du médecin n'a rien à envier à celui de l'inquisiteur. De ses images, le siècle tout entier dans ses productions les plus diverses, portera la marque signalée autant par l'éclosion de la veine romantique (et romanesque !), beaux 'ténébreux' et femmes fatales, "dévoyées", entraînées dans le sillage des ombres de la mort - que par l'invention de la psychiatrie puis de la psychanalyse.

 

Violetta, prostituée demi-mondaine, au seuil de la mort fait sa prière à Dieu : " A une femme égarée souris, à son désir, et pardonne-lui, ô Dieu !", dans la fureur et le bruit d'une fête orgiaque, comme un écho de Michée à ses bourreaux : "(...) que le tourment ne (m)'empêche pas de prier Dieu qu'il (me) pardonne en Jésus Christ et que je puis être sauvée", juste avant d'être pendue, étranglée et brûlée le 6 avril 1652 deux siècles plus tôt.

Après cet intermède satanico-opératique, il nous faudra revenir en arrière et suivre, sur trois siècles, les empreintes de la sorcière dans l'histoire à travers les fantasmes de ses contemporains...

 

Publié dans JOURNAL, Intermède

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