PENELOPE ! Faire et défaire, c'est toujours travailler !

Publié le par Catherine Barbé

Domenico Beccafumi, Pénélope, huile sur panneau, vers 1514.

Domenico Beccafumi, Pénélope, huile sur panneau, vers 1514.

Dans l'ombre du nom, la lumière

Une fois de plus, les forces occultes qui rampent sous le mythe ont frappé !

Pour celles et ceux qui  liront ce qui suit et qui n'auraient qu'un vague souvenir de l'histoire, petit rappel.

Qui est Pénélope ?

Pénélope est l'admirable épouse d'Ulysse qui, alors que son grand homme est parti guerroyer à Troie (pas Troyes dans l'Aube, non) résiste farouchement aux charognards, nombreux, prétendant  succéder au héros en son fief. Le pauvre Odysseus (c'est son petit nom homérique) dans son "Anabase" (aurait dit Xénophon) par diverses...aventureuses rencontres toujours est repoussé loin de ses pénates au rivage ensablé. Et  ça dure des années !

Le stratagème

Cependant  Pénélope guette l'horizon (voir plus haut) ayant au coeur le fol espoir d'un retour imminent de son seigneur. Elle résiste, discrète et laborieuse. Et c'est d'une voix claire qu'elle s'adresse à eux : "Messieurs les prétendants, leur lance-t-elle, digne dans ses sandales, j'épouserai l'un de vous lorsque j'aurai fini de tisser la tapisserie céans sur mon métier."

Or, le temps passant, les prétendants, impatients, s'étonnent que l'ouvrage n'avance pas beaucoup, pas du tout d'ailleurs...


Et soudain, la mémoire vous revient lectrice/teur : mais c'est bien sûr ! C'est nuitamment que l'épouse aux mains agiles défait la toile fabriquée dans la journée.

Plus longue est l'attente plus rude est la chute !

Ainsi, depuis ces temps immémoriaux, le nom de Pénélope est maudit, ses oeuvres pour toujours entachées de nullité : toutes celles ainsi nommées, infatigables héroïnes attelées jour et nuit à la tâche s'échinent et triment en vain car, jamais, de leurs efforts  ne subsiste la moindre trace !

Je laisse à votre curiosité d'aller voir les détails ci-dessous.

 

 

Dernière minute !

Miracle ! Alors que jamais personne n'avait pu à ce jour apporter la moindre preuve que Pénélope eût produit le moindre ouvrage, les dieux m'ont inspirée et m'ont conduite à la crypte d'où sourd la vérité...

 

Publié dans JOURNAL, Interlude

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Loussel 11/02/2017 19:48

Je voyais plutôt dans Pénélope la foi inébranlable en l'avenir et la force de l'espoir ; la ténacité ; le sublime dans l'acte de faire puis défaire, en acceptant de laisser au vent l'œuvre à peine sortie des doigts ; la beauté de l'art éphémère (chaque partie de la toile est offerte le temps d'un jour à l'absent, lui est entièrement dédiée puis disparaît à jamais) ; le don total de son art à l'autre espéré ; la disparition de l'œuvre qui vient se superposer au vide de l'absent, dans une acceptation de l'évaporé, de l'impalpable. Ce mythe confère un statut particulier à l'œuvre d'art qui me semble beau et assez peu vu. Et intéressant.

Barbé 11/02/2017 21:20

Ah oui ! Merci pour ce commentaire sur un aspect du mythe à développer, absolument. C'est ce qui est formidable avec le mythe ! Il traverse le temps glissant sous la culture et resurgit soudain à chaque époque pour éclairer ... l'actualité sous des angles divers. Ma petite fantaisie, publiée à la rubrique "Interlude" ne me serait pas venue n'était la focalisation médiatique sur une Pénélope contemporaine. Je suis très heureuse qu'elle ait pu inspirer une réflexion aussi pertinente que poétique, propre à s'articuler à une esthétique de l'art éphémère, si présent dans la société contemporaine et pourtant très ancien (mandalas de sable chez les moines tibétains...) pensée rattachée en profondeur à l'humanisme et sentiment religieux. Vraiment, j'aimerais lire la suite !

Loussel 11/02/2017 19:45

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