Rien de plus merveilleux que l'Homme...

Publié le par Catherine Barbé Temple

Rien de plus merveilleux que l'Homme...

"Ah qu’il est de merveilles1

 mais rien qui soit plus merveilleux que l’Homme.

 

Il est l’être qui sait traverser la mer grise, à l’heure où soufflent les vents du Sud et ses orages, et qui va son chemin au milieu des abîmes

que lui ouvrent les flots soulevés. Il est l’être qui tourmente la déesse auguste entre toutes, la Terre,

La terre éternelle et infatigable, avec ses charrues qui vont chaque année la sillonnant sans répit, celui qui la fait labourer par les produits de ses cavales.

 

Les oiseaux étourdis, il les enserre et il les prend,

tout comme le gibier des champs et les poissons peuplant les mers, dans les mailles de ses filets,

l’homme à l’esprit ingénieux. Par ses engins il se rend maître

de l’animal sauvage qui va courant les monts, et, le moment venu, il mettra sous le joug et le cheval à l’épaisse crinière et l’infatigable taureau des montagnes.

 

Parole, pensée vite comme le vent, aspirations d’où naissent les cités, tout cela, il se l’est enseigné à lui-même, aussi bien qu’il a su, privé de gîte,

se dérober aux gelées mal logées, cruelles à ceux qui n’ont d’autre toit que le ciel.

Bien armé contre tout, il ne se voit désarmé contre rien de ce que peut lui offrit l’avenir. Contre la mort seule,

il n’aura jamais de charme permettant de lui échapper, bien qu’il ait déjà su contre les maladies les plus opiniâtres imaginer plus d’un remède.

 

Mais, ainsi maître d’un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance, il peut prendre ensuite la route du mal tout comme du bien.

Qu’il fasse donc dans ce savoir une part aux lois de sa ville et à la justice des dieux, à laquelle il a juré sa foi !

Il montera alors très haut dans sa cité, tandis qu’il s’exclut de cette cité le jour où il laisse le mal le contaminer par bravade.

Ah ! qu’il n’ait plus de place alors à mon foyer ni parmi mes amis, si c’est là comme il se comporte.

 

 

Chœur d’Antigone, Sophocle, 443-42 avant J.C.

 

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