POETES VOS PAPIERS !

Publié le par Catherine Barbé Temple

Une oasis dans ce monde de charognards

« Rendre la lumière suppose d’ombre une morne moitié. »

Il y a des jours où le désespoir est prêt à gagner, tant les nuages de l’horreur s’amoncellent.

Souvent, le secours me vient d’ailleurs.

Ainsi, ce matin, au réveil, ces mots comme du miel :

Je m’en allais les poings dans mes poches crevées ;

On peut se réveiller en plus mauvaise compagnie… Illumination de l’âme d’ombre et de lumière en demi -teinte. Plusieurs fois en boucle j’ai repris le premier vers et, tout d’un coup …submergée par la vague, sac et ressac, respirer !

De la musique avant toute chose, même avec le pair ! rythme /valse des mots

…Mon paletot aussi devenait idéal ;

J’allais sous le ciel, Muse et j’étais ton féal ;

Oh! là! là! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.

Petit poucet rêveur j’égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la grande ourse

Quel bonheur un tel trésor, nourriture de l’âme, inspir...

Quelle chance quand la grande Faucheuse a tranché dans le vif, à la racine même du mot, toute tentative d’écrire la douleur et la rage, quand les mots résistent à s’aligner sous mes doigts, de redécouvrir en moi ceux du poète, source intacte où puiser, là où l’Espoir gagne, et l’Amour et la Vie.

Mes étoiles au ciel avaient un doux frou frou

Mais aie! aie! aie! la machine s’enraye, le flot toussote crachote, le cœur palpite : il me faut réamorcer la pompe, oh ! un rien, une chiquenaude, un mot pour un autre[1], et voilà la rime faussée : balise fracassée…

Et je les écoutais assis au bord des routes

Ces bons soirs de septembre où je sentais les gouttes

De rosée à mon front comme un vin de vigueur ;

Où rimant au milieu des ombres fantastiques

Comme des lyres je tirais les élastiques

De mes souliers blessés un pied contre mon cœur !

Oui, réamorcer la pompe après des semaines de silence sidéré.

Allez Moire, il va falloir y retourner maintenant, bouger. Ne plus mâcher ses mots, aller au fond des choses « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel qu'importe, plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau ».
Et que règne la poésie, celle, sublime, qui surgit des ruines, des cadavres, de la pourriture, nourrice de la vie[2], lumière pour éclairer nos ombres.

[1] Dans un premier temps j’ai écrit faussement « j’égrenais sur ma route » au lieu de « dans ma course ». Rimbaud n'aurait jamais écrit ça !

La musique était juste pourtant. Ah que la Muse peut être trompeuse.

[2] Spéciale dédicace à Maria, photographe. Allez sur son tout nouveau site, ça décape ! (en lien ci-dessous)

Publié dans JOURNAL

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