Un cadre pour l'image !

Publié le par Catherine Barbé Temple

Trolls
Trolls

Pour centrer un peu plus le propos

Dans l'actualité, une peur chasse l’autre … Les casseurs ont pris le relais des clowns, venus nous distraire d’Ebola, suivis des inondations… Et maintenant les trolls présents dans différents media.

J'observe le phénomène depuis assez longtemps pour n'en pas être étonnée et me réjouis que certaines de mes hypothèses fassent leur chemin.

Voici un court extrait de 1995[1] toujours d’actualité. Il suffit d’actualiser les références à l’aide des articles que j’ai mis en lien dernièrement. Moire se mue en blog participatif !

Chauffe lecteur/-trice !

Le constat contemporain[2]

Il s’étale à la Une des tous nos journaux ; quotidiens, hebdomadaires, mensuels reprennent en écho, de jour en jour, de semaine en semaine les mêmes titres : il n’y a aucun doute, nous vivons dans un monde en “ crise ”[3]. Dans le sens courant répandu aujourd’hui, la crise est “ une manifestation émotive soudaine et violente[4] ”. Dans le même temps, nous observons que s’il est un débat qui nous met en émoi, c’est celui engagé sur “ l’image ”, sur la “ violence ” et l’impact qu’on lui prête.

Ainsi, de “ crise ” en “ crime ”, la “ violence ” des “ images ” distillées par les media assombrit un horizon jadis prometteur de tous les biens. Comment en sommes-nous arrivés là ? L'Homme moderne s’interroge, en proie à des convulsions angoissées qui n’ont plus rien d’existentiel. Il s’interroge, analyse, passe au crible de son savoir la société qui l’a vu naître : “ la fracture sociale ”, “ les banlieues ”, “ la psychose des attentats ”, la liste est longue des peurs quotidiennes. En filigrane, on perçoit la question : quelle faute avons-nous commise pour subir tant de maux ?

Effectivement, de quelque côté que nous nous tournions, partout nous ne trouvons que désastre, catastrophe, épidémie et mort d'homme..

Face à ce monde hostile, l’Homme[5] contemporain retrouve d’anciens réflexes, les mêmes assurément que les premiers hommes devant la foudre du ciel ou son descendant médiéval, confronté à la peste, piédestal pour les feux de l’Enfer : il transpire de terreur, se terre sous sa couette, ou bien fuit, va cultiver les chèvres à l’abri, très très loin de la Géhenne urbaine. Quand la terreur devient trop forte, il explose, au-dedans, en folie meurtrière. Les faits divers commencent à regorger de meurtres abominables qu’on ne sait expliquer : “ Il était si calme, parlait peu. ” Un jour, il a tué père, mère, frère, passants dans la rue, presque vingt personnes. “ Malaise ”... Certes, il devait “ être mal dans sa peau ”.

Qu’il s’agisse de drames privés ou de catastrophes collectives, on n’en finit pas de s’étonner ! Feinte, la surprise ? Hypo-crite[6], l’humanité ? Hypo-thèse, hypothèse, quand tu me tiens.

L’exposé est gratuit, les associations tout personnelles, et pourtant !

Les catastrophes naturelles, écologiques, déclenchent des commentaires, suscitent des images connues, associées à la peur.

Telle est une partie de la réalité que nous vivons quotidiennement dans la société industrialisée d’une certaine Europe. Mais en regard, le rêve !

Devant votre écran de télé n’avez-vous jamais sursauté en passant d’une séquence de publicité au Journal puis de nouveau à la pub ? Tressaillement de l’être né de l’écart entre la “ réalité ” dont on nous abreuve et le “ rêve ” qu’on nous injecte ? Il y a peu de temps, l’“ agressivité ” des jinggle suffisait à marquer le pas d’un univers à l’autre. Mais de plus en plus, ils se font soft, subreptice passage, glissement progressif vers un monde…

Quel monde ?

Les rêves humains, distillés par les media oscillent entre la nostalgie du paradis perdu, abondance de biens obtenus sans efforts, de la pureté d’une nature que n’aurait pas souillé la main de l’Homme, d’une vie sans risque : la liste est longue des litanies, les grains nombreux à ce chapelet du bonheur égrené par la fée de notre temps qu’est la publicité, née de l’esprit fertile des modernes prêtres de la communion/communication entre l’Homme contemporain et ses dieux.[7]

La religion, espace vacant ?

L’acharnement d’un Pontife sénile [8] à imposer des valeurs d’un autre âge montre assez le vain déchaînement des forces de la réaction contre le mouvement de l’histoire. Qu’en est-il du pouvoir du discours dans “ un monde de l’image ” ?

Or, le véhicule, communément appelé “ image ”, devient lui même objet de débat, de controverses liées à sa puissance, à son impact, aux détournements dont elle peut être l’objet, d’autant plus depuis l’avènement de l’image virtuelle.

De fait, on parle beaucoup de l’image, peu de l’imaginaire.

Mais qu’est-ce que l’image ?

D’où vient-elle ? Comment se forme-t-elle ?

Si l’on débat sur sa puissance, on admet qu’elle ne soit pas seulement défilement sans effet d’impressions visuelles ou auditives, qu’elle puisse générer des sentiments, des réactions. Le fait n’a pas échappé aux publicitaires : du début à la fin de la chaîne, les campagnes de marketing reposent sur une conscience aiguë de l’impact de l’image.

Il convient donc d’intégrer à la conception de l’image les impressions qu’elle produit sur les sens et les émotions qu’elle suscite, de considérer qu’en vertu des progrès techniques, les représentations de l’image ont pu évoluer, alors qu’elle-même, dans un contexte global incluant la notion d’impact, restait fixe.

Dans sa permanence, elle reste attachée à la polysémie d’imago-eikôn[9]. Ainsi possède-t-elle de multiples facettes, parmi lesquelles “ représentation, reflet (dans un miroir), fantôme ” suggèrent qu’au-delà de la représentation, il existe un objet représenté, concret, vivant...

[1] C.Barbé, Du Mythe de Médée aux peurs contemporaines, l’imaginaire à l’oeuvre, Falap, Paris, 1995, p.22sqq.

[2] Dans les années 90

[3] - Du grec krinô, “ séparer, trier, passer en jugement, être condamné ”. l’upokritês, hypocrite, d’ “ interprête d’un songe ”, devient “ acteur ” avant d’endosser le sens moderne de simulateur.

Le grec moderne a krima : “ péché ”.

[4] - Petit Robert, “ crise ”.

[5] - L’Homme avec majuscule initiale, parce qu’il est question du genre humain en général, incluant masculin et féminin, et aussi parce que je me réfère à une conception globale de l’humain, où chaque genre comprend son complémentaire et son opposé.

[6] - Voir note 21.

[7] - Les publicités d’agence de voyage, de compagnies d’assurance, d’eau minérale, sont à cet égard dignes d’intérêt, discours écolo, à relier à “ plût au ciel que jamais le pin ne fut tombé sous la hache ”).

[8] - Déclaration réitérée du Pape contre l’avortement, le 08/10/95.

[9] - Nous nous reportons le plus souvent possible à l’étymologie du mot, ici latine-grecque, partant de l’hypothèse que sa représentation est l’aboutissement d’une évolution et qu’elle englobe tous les glissements de sens, de même que l’homme contemporain est le fruit de son histoire. Considérer le mot uniquement dans son sens actuel serait une des multiples manifestations de la tendance à la réduction, en vigueur de nos jours.

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